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De la discrimination dans l'air; Le témoignage bouleversant de Laura hôtesse de l'air.



Voici notre premier témoignage pour notre dossier «Pas de tabous entre nous», dans lequel nous rapportons des récits de vies incroyables, des personnes qui nous parlent de leur travail sans tabous, qui ont su faire face à l’adversité et font bouger les choses à leur façon au quotidien. Cet épisode est consacré à Laura*, une hôtesse de l’air pour une compagnie de luxe. Cette jolie femme n’a pas hésité à partir au bout du monde pour intégrer l’entreprise et vie aujourd’hui dans un pays du Moyen-Orient. Elle a accepté de nous livrer son témoignage pour d’une part, briser le silence autour de la question sensible du racisme dans le milieu. D’autre part, pour faire tomber les préjugés qui pèsent sur le travail d’hôtesse.

Comment tout a commencé

Je n’ai jamais pensé à devenir hôtesse de l’air, ce sont mes amis qui m’en ont parlé en me disant que cela pourrait me plaire et que j’avais le physique pour. Curieuse, j’ai commencé à me renseigner et cela m’a beaucoup plus. J’ai postulé pour plusieurs compagnies européennes mais j’avais une grande envie de quitter la Belgique où je commençais à me sentir de moins en moins bien. Je me suis donc tournée vers cette compagnie du Moyen-Orient que je ne connaissais pas du tout.

Une formation intense, très technique et physique


« Les gens pensent qu’on se contente de servir du thé ou du café mais c’est bien plus que cela »

"Je n’ai pas fait d’étude pour devenir hôtesse de l’air", continue Laura. C’est une question qu’on me pose souvent. Certains de mes amis, eux , sont passés par des études car ce n’est pas facile de faire ce métier. Moi aussi j’ai sous-estimé l’étendue de ce travail. C’est en arrivant dans le pays et en commençant ma formation qui a duré 2 mois , que je me suis rendu compte que c’était bien plus que servir du thé ou du café.

«C’était la formation la plus difficile de toute ma vie»

Deux jours après mon arrivée nous avons commencé la formation. La plus grosse partie est centrée sur les cours de sécurité des passagers. Pour ce volet, nous devons étudier des manuels plus épais que mes cours à l’université. Il faut connaître en détail toutes les procédures d’urgences que ce soit dans les airs, sur l’eau ou à terre. Nous sommes aussi amenés dans un centre de simulation pour nous apprendre à faire face à toutes les situations possibles et connaître par cœur la composition d’une cabine et ses équipements. Nous apprenons aussi tous les codes pour communiquer entre nous. Cela nous apprend à veiller à ce que tout se passe bien pour les passagers et nous-mêmes.

Pour la partie service, ils nous apprennent à parler aux clients d’une certaine façon. Cette compagnie vise l’excellence et pour eux les clients sont rois et nous devons tout faire pour satisfaire leurs besoins. C’est vraiment un service très luxueux.


« Notre corps est vraiment analysé»

Nous avons aussi eu une journée dédiée à la « beauté » pour nous apprendre à nous maquiller et à marcher. Durant cette journée ils prennent notre poids et nos mensurations. Notre corps est vraiment analysé. Ils ne veulent pas qu’on prenne trop de kilos et si c’est le cas, ils peuvent nous demander de faire des efforts. Ils engagent véritablement en fonction de ce que tu dégages.

Un métier qui fait voyager

Ce que j’aime dans mon métier c’est le fait de ne pas être au même endroit pendant plus d’une semaine. Je découvre plein de pays et de cultures. J’ai rencontré plein de gens et j’aime énormément ce côté humain. C’est très enrichissant, presque magique. Le matin je peux prendre mon petit déjeuner en Autriche et le soir même je peux être en Afrique en train de dîner. J’aime aussi le regard des gens. Nous sommes presque des modèles, je reçois plein de compliments et ça redonne beaucoup de confiance en soi. J’ai aussi l’impression d’être tout le temps en vacance. La partie la moins négligeable est le salaire. Nous sommes très bien payés et nous avons beaucoup d’avantages. Mais le fait d’être loin de ma famille et de mon copain c’est très difficile. C’est un choix de vie et pour le moment j’en profite à fond.

Le coté moins glamour et la vie au Moyen-Orient quand on est une femme noire

« Vous êtes très belle pour une noire »

Il n’ y a pas beaucoup de noir.e.s dans la compagnie. Les Belges noir.e.s ne sont pas souvent recrutés car en général ils prennent des Africain.e.s "de souche". Quand je leur ai dit que j’étais belge, ils étaient choqués parce qu’ils s’attendaient à une blanche. Pour elles, ils n’envoient pas de dossier concernant la façon dont elles doivent coiffer leurs cheveux contrairement aux Africaines qu’ils recrutent. Durant toute la formation, j’ai eu des problèmes avec mes « grooming officers », des personnes engagées pour contrôler tous les jours notre maquillage, la manière dont on s’habille etc. J’ai carrément été convoquée avec pour motif qu’ils voulaient me donner des conseils sur mes cheveux crépus « inappropriés » et ils m’ont montré les coiffures autorisées. Je devais soit les défriser soit faire des tresses. C’était très blessant et je ne me suis pas rendu compte que c’était du racisme. Ce sont mes amis qui m’ont fait réaliser.

Dans les vols je n’ai presque jamais rencontré de problèmes mais un jour, un passager raciste s’est énervé et n’a pas voulu que je le serve. J’étais la seule hôtesse noire et il ne voulait que les hôtesses blanches. J’étais très mal et je suis partie pleurer aux toilettes. Mes collègues heureusement lui ont fait la remarque et m’ont défendu. Autre chose aussi, c’est que j’entends souvent « vous êtes très belle pour une noire ».

Vivre au Moyen-Orient n’est pas facile du tout. D’une part, en tant que femme nous n’avons pas beaucoup de droit et en plus quand tu es noire c’est très difficile . Peu importe ton statut, quand tu es noir.e, ils te parlent mal et te considèrent comme un moins que rien car ils pensent que tu n’as pas ton mot à dire. Moi je ne me laisse pas faire et ça les choque toujours. Quand tu es un étranger de manière générale, tu n’es pas considéré à ta juste valeur que tu sois noir.e ou pas.

Aujourd’hui je compte arrêter mais ce n’est pas du tout à cause du racisme car je ne l’ai jamais vécu comme un frein à mon épanouissement. J’estime tout simplement que j’ai fait le tour et puis j’ai envie de me stabiliser et de retrouver ma famille et mon copain. Ce que je retiens surtout de cette expérience c’est qu’il faut sortir de sa zone de confort pour grandir. C’est une expérience unique et incroyable qu’il faut vivre pour comprendre. On sait très bien qu’en tant que noir.e. que nous devons toujours en faire plus mais si c’est votre rêve foncez, croyez en vous.



*Aucune compagnie ni pays n'a été explicitement cité pour des raisons de confidentialité. De plus, le nom du personnage a été modifié par respect pour sa vie privée.


 
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